LES LOUPS LOGO

 

LA CHASSE

La chasse est le principal moyen de subsistance de la meute. Aussi les loups doivent-ils mettre au point des stratégies de chasse élaborées. La chasse repose sur deux facteurs: le comportement acquis (apprentissage) et le comportement inné. Le comportement de prédation est défini comme inné. Certains autres comportements nécessitent un stimulus (sang). Mais l'expérience améliore constamment ces comportements. Les jeunes louveteaux apprennent beaucoup en observant les adultes, ainsi qu'en s'adonnant à divers jeux, soit entre eux, soit avec les adultes (jeux de rôles - simulation de situations réelles d'une chasse).

Le comportement de prédation et de consommation est complet vers l'âge de 8 semaines.

  • La localisation

Le loup est très patient et peut attendre de trouver une proie qu'il pourra tuer sans efforts inconsidérés. Une meute en déplacement est souvent en chasse. La première étape de la chasse est la localisation de la proie par les moyens suivants:

    • repérer à l'odeur
    • surprendre par hasard
    • repérer les traces

 

  • L'approche

C'est la seconde étape. Les loups tentent de s'approcher de leur proie sans se faire repérer. Cette étape suit toujours la même voie: déplacement furtif tous sens en alerte, oreilles et museau pointés en avant, jambes flêchies, corps proche du sol, s'approchant de la proie au plus près. Ils avancent toujours à contrevent ce qui leur permet de s'approcher très près.

  • La confrontation

C'est la troisième étape. Cette étape se produit lorsque le loup se sait repéré par sa proie. C'est la confrontation entre le prédateur et sa proie. Dès lors, la proie peut réagir de 3 manières différentes:

  • s'avancer vers le prédateur - cela se passe seulement avec les proies de grande taille (bison, boeuf, élan).
  • rester sur place - parfois, la proie et le prédateur s'observent longuement.
  • fuir - proies telles que le cerf, le mulet, le wapiti, ou le caribou. Ils tentent de distancer les loups. La fuite déclenche automatiquement la poursuite
  • L'approche précipitée

La première phase de la poursuite est critique car si la proie parvient à distancer rapidement le loup, celui-ci a peu de chances de la rattraper à nouveau.

  • La poursuite

La poursuite s'effectue sur plusieurs centaines de mètres, en général.

    • Si le loup rattrape la proie, il peut tenter d'attaquer.
    • Si le loup est distancé, il abandonne en général la poursuite.

La poursuite est une phase généralement courte (quelques minutes.)

  • L'attaque

Comme les loups chassent plutôt des animaux en fuite, ils les attaquent en principe par l'arrière en essayant d'agripper l'arrière-train avec leurs canines. Les attaques sur les proies de grande taille sont difficiles et dangereuses, mais les loups peuvent attaquer un bison ou un élan et le blesser puis l'attaquer de nouveau quand il est affaibli.

  • La mise à mort

Celle des petites proies est rapide. Le loup court à côté de la proie et lui inflige une morsure à la gorge ou à la nuque. Le choc de cette morsure provoque un arrêt cardiaque ou brise la nuque ou la trachée de l'animal. Cela s'appelle le commotio cordis.

Pour les grandes proies, le loup tente de la déséquilibrer en s'agrippant à différentes parties de son corps ou il la harcèle jusqu'à l'épuisement de l'animal. C'est alors qu'a lieu la mise à mort.

~~~~~

La stratégie de chasse du loup va dépendre du gibier auquel il est confronté et de sa zone géographique. Par exemple, la chasse à l'élan peut se passer de 3 manières:

  • Une rencontre de hasard suivie d'une poursuite rapide
  • La poursuite d'une harde afin d'en isoler un individu vulnérable
  • La chasse en coopération: il faut diriger une proie vers d'autres loups embusqués

Les loups peuvent également exploiter les éléments de leur environnement.

~~~~

  • Le Surplus Killing

Les loups ne tuent en général que pour se nourrir. Pourtant, dans certains cas, les loups peuvent tuer plus de gibier que nécessaire. Cela peut arriver pendant les hivers enneigés où les proies sont plus facile à capturer. Cela s'appelle le surplus killing. Il est surtout constaté lors d'attaques sur des animaux domestiques tels que le mouton. Cette tendance s'explique par deux phénomènes:

    1. Le loup naît avec des comportements innés (génétiquement inscrits). En réponse à la faim, le loup part à la recherche d'une proie. La stratégie de chasse est alors décidée. La technique de mise à mort est inscrite génétiquement. La prise à la gorge apparaît très tôt dans le comportement des louveteaux.
    2. En montagne, la topographie escarpée du terrain est un facteur supplémentaire de perte d'animaux lors d'une attaque car les proies s'enfuient en aval et dérochent.
  • La spécialisation

On pense que certaines meutes ont une préférence pour un type de proie en particulier. Cette préférence dépendrait:

    • du nombre d'individu dans la meute
    • du chevauchement respectif des habitats du prédateur et de sa proie
    • de l'abondance et l'accessibilité à la proie
    • du taux de rencontre avec la proie
    • de la densité ou biomasse relative d'une proie potentielle
    • de la probabilité de succès d'une chasse
    • du risque de blessure pour le prédateur
    • de la profitabilité de la proie

Cette préférence pour une proie est possiblement transmise de génération en génération. Cela peut entraîner un manque de réaction face à une nouvelle proie.

  • La sélection

Le succès de la chasse des loups dépend également de la démographie de la proie concernée (effectif, âge, condition physique, etc.) Des études ont démontré que le loup tue en général des jeunes car ils savent moins bien se défendre que les adultes. Mais cela dépend des zones géographiques également. En effet, à l'Ouest des montagnes de Sayan, en Russie, les loups tuent plus d'adultes mâles.

  • Les facteurs de succès d'une chasse
    • Le climat - ces conditions sont décisives, surtout pendant l'hiver
      • la profondeur de la neige: succès si la neige est profonde car les pattes du loup sont comme des raquettes tandis que celles des ongulés vont s'enfoncer. De plus, la neige gêne l'accès des onglués à la nourriture. Ils sont ainsi en moins bonne condition physique.
    • La taille de la meute - les meutes ont plus de succès que les loups solitaires. Mais la quantité de nourriture acquise n'augmente pas avec la taille de la meute. Bien au contraire, car plus il y a d'individus, plus la quantité est divisée.
    • Les activités humaines - celles autres que l'élevage. Par exemple, les réseaux routiers qui sont maintenus dégagés en hiver permettent aux loups de voyager plus loin, ce qui accroît l'accessibilité aux proies sur de vastes territoires.

~~~~~

  • Impact sur les populations d'ongulés

En Europe, la distribution des différentes espèces d'ongulés est très restreinte. Cas extrême: bison éradiqué de toute l'Europe. Seule la région de Bialowesia (frontière entre la Pologne, la Biélorussie et la Lituanie) compte encore 5 espèces: bison, élan, cerf, chevreuil et sanglier. Tandis que dans le semi-désert proche de la mer Caspienne, il n'y a plus aucune espèce d'ongulés. La diversité diminue dans toutes les directions depuis la Bialowesia. La majorité du continent européen ne compte plus que 2 espèces (chevreuil et sanglier pour la plupart). Seules 3 espèces d'ongulés ont maintenu leur distribution d'origine en Europe: le renne, le chevreuil et le sanglier.

Les conditions climatiques peuvent également réduire les populations d'ongulès.

Il est difficile de connaître l'impact du loup sur la densité d'ongulés en Europe. La chasse est le facteur de mortalité le plus important pour les ongulés et influence les dynamiques de population à travers l'Europe.

Il a été démontré que le cerf a été affecté par la prédation du loup. De 1988 à 1993, les loups ont fait chuter leur population de plus de la moitié.

Les chevreuils, notamment quand ils sont nombreux, peuvent aussi être lourdement touchés par la prédation du loup. Mais ils ont également un autre prédateur: le lynx.

Pour ce qui est des sangliers, leur mortalité dépend principalement de la disponibilité des glands ou des faines en montagne et, dans une moindre mesure, de la profondeur de la neige.

  • Les proies des loups
    • Le bison et l'élan
    • Le cerf et le chevreuil - contrairement à celle des chevreuils, la mortalité des cerfs dépend étroitement du nombre de loups.
    • Le sanglier - entre 1991 et 1995, les loups n'ont prélevé que 10% à 17% de la croissance annuelle de la population due aux naissances. Les adultes sont des proies difficiles à tuer.

~~~~~

  • Impact sur les autres carnivores
    • Le lynx - En Hongrie (1993), on a noté que l'uagmentation des loups s'est accompagnée d'une diminution des lynx. La même observation a été faite dans d'autres régions. Il a été vu des loups solitaires se nourrir en partie de proies tuées par les lynx, parfois.
    • Le grizzly - Le principal conflit entre ces 2 espèces vient de la conservation ou appropriation d'une proie. Pourtant, aucun des deux n'est alors tué. Ces conflits proviendraient souvent du fait qu'il n'y aurait pas assez de proies pour satisfaire les 2 espèces, d'après l'hypothèse avancée par Ballard (1982). Le conflit se terminerait en poursuite de l'un ou l'autre. Pourtant, Hornbeck et Horejsi (1986) réfutent cette hypothèse, indiquant que le grizzly est plutôt végétarien, même s'il lui arrive de se nourrir d'une proie tuée par les loups. Le seul danger pour le loup serait la présence du grizzly près d'une de ses tanières car:
      • il est attiré par l'odeur de la charogne cachée à l'entrée et cherche à se l'approprier
      • il tente de se saisir des louveteaux, morts ou vifs
    • L'ours noir - C'étaient 2 espèces sympatriques (dont les aires de distribution se chevauchent) en Amérique du Nord. De nos jours, ils cohabitent toujours au Canada, en Alaska et au Minnesota. Une meute de loups peut être contrainte de s'en prendre à un ours si leur principale source de nourriture devient rare. Mais les confrontations de ce genre restent rares.
    • Le coyote - Lorsque l'une des 2 espèces est fortement représentée dans une région, l'autre l'est faiblement. Pourtant, une étude a démontré que les 2 espèces pouvaient coexister, dans les Montagnes Rocheuses. Les interactions se résument en général à des loups surprenant des coyotes en train de se nourrir de la carcasse de leur proie pendant que les loups semblaient dormir à proximité.