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LA COHABITATION

 

  • Le loup, le berger et le chien

De nos jours, l'élevage consiste en un nombre important d'animaux concentrés sur une petite surface, gardés dans des enclos ou laissés libres sur un alpage durant une partie de l'année. Ces animaux domestiqués sont vulnérables aux prédateurs. Ainsi, l'homme a développé des systèmes de défense (armes à feu, chasse, etc.). Les moutons sont parfois attaqués dans les enclos ou même dans une enceinte en dur. Les différentes espèces paniquent plus ou moins face à un prédateur.

  • Pertes dues aux loups
    • Les chiffres sont parfois discutables - Souvent, les attaques de chiens sont confondues avec celles des loups, ce qui fausse les chiffres.
      • En Italie, dans les Abruzzes: 50% des animaux domestiques tués entre 1974 et 1978 ont été tués par des chiens. En effet, 13 000 chiens errants ou ensauvagés ont été recensés dans cette région et à cette époque.
      • En France: 150 000 à 500 000 moutons ont été tués par des chiens chaque année.
    • Des dégâts bien réels -
      • En Espagne: En 1988, les loups ont causé des dégâts équivalents à plus d'1 million de dollars.
      • En Savoie: un éleveur a perdu 177 moutons en une seule attaque parce que le bétail a déroché en essayant d'échapper aux loups.

    Les attaques sont souvent concentrées sur quelques propriétaires.

    Dégâts causés par les loups dans le bétail d'Espagne

    Loups
    Province /région
    Nombre (estimation)
    % de la population
    Galicia
    500-700
    34
    Asturias
    90-126
    6.1
    Cantabria
    15-21
    1
    Leon
    250-350
    17
    Zamora
    225-315
    15.3
    Palencia
    130-182
    8.9
    Burgos
    150-210
    10.2
    Valladolid
    20-28
    1.4
    Salamanca
    25-35
    1.7
    Extremadura
    25-35
    1.7
    Sierra Morena
    40-56
    2.7
    TOTAL
    1 470-2 058
    100
    Dégâts - Animaux tués
    Province /région
    US dollars
    Mountons
    Chèvres
    Bovins
    Chevaux
    Coût par loup en US dollar
    Galicia
    250 000
    615
    246
    396
    500
    Asturias
    364 440
    522
    74
    702
    4 050
    Cantabria
    54 167
    548
    22
    31
    3 611
    Leon
    149 350
    1 436
    44
    47
    597
    Zamora
    64 500
    760
    12
    4
    287
    Palencia
    34 375
    300
    23
    1
    496
    Burgos
    60 625
    700
    5
    15
    404
    Valladolid
    22 625
    215
    13
    0
    1 131
    Salamanca
    4 025
    27
    4
    0
    161
    Extremadura
    950
    6
    1
    0
    38
    Sierra Morena
    3 750
    49
    0
    0
    94
    TOTAL
    1 008 807
    5 178
    79.5%
    444
    6.5%
    1 196
    17.6%
    686 (moyenne)

    Chiffres tirés de "Le loup" par Jean-Marc Landry

    • Par région -
      • Espagne: le plus grand nombre de loups recensé est d'environ 2 000 en Automne 1988. Forte tradition d'élevage de moutons. Les pertes furent supérieures à 1 million de dollars, surtout dans les régions montagneuses où le bétail n'est pas gardé.
        • 1984 - réapparition du loup au Pays Basque
        • 1987 à 1994 - augmentation des conflits avec le bétail non-surveillé. 1 080 mountons tués, environ 30 chèvres et quelques chevaux.
        • 1995 - expansion à 87 km des Pyrénées
      • Italie: 13,6 millions de dollars de subsides versés par chaque région dont 380 000 pour les dégâts causés par les espèces protégées telles que le loup. Pourtant, les dégâts sont moins élevés que ceux causés par les sangliers. Les pertes sont surtout des chèvres, des moutons, des veaux et des poulains (Aquila, une des 4 régions de la province des abruzzes)
      • France (Alpes): Il existe de nombreux systèmes d'élevage dans les Alpes du Sud et les Alpes du Nord. Mais la protection du bétail contre le loup est toujours problématique. En 1998, les Alpes du Sud ont compté 1 163 499 Francs de dégâts.

    Dégâts causés par les loups dans le bétail des Alpes du Sud

    Année
    Alpes-Maritimes
    Attaques
    Tués /blessés
    Moyenne
    1993
    10
    36
    3.60
    1994
    51
    192
    3.76
    1995
    104
    441
    4.24
    1996
    193
    796
    4.12
    1997
    194
    789
    4.06
    1998
    212
    708
    3.34
    1999
    182
    971
    5.33
    2000
    232
    911
    3.92
    Alpes de Haute Provence
    1996
    2
    4
    2
    1997
    2
    10
    5
    1998
    7
    9
    1.28
    1999
    27
    142
    5.26
    2000
    16
    107
    6.68
    Hautes-Alpes
    1997
    5
    75
    15
    1998
    31
    243
    7.84
    1999
    38
    310
    8.16
    2000
    48
    198
    4.12

    Dégâts causés par les loups dans le bétails des Alpes du Nord et de la Drôme

    Année
    Isère
    Attaques
    Tués /blessés
    Moyenne
    1998
    34
    160
    4.70
    1999
    19
    49
    2.58
    2000
    51
    163
    3.19
    Savoie
    1998
    20
    108
    5.4
    1999
    45
    278
    6.17
    2000
    10
    29
    2.9
    Drôme
    1999
    1
    3
    3
    2000
    10
    64
    6.4

    Chiffres tirés de "Le loup" par Jean-Marc Landry

      • Suisse (Valais): Augmentation du nombre d'ovins depuis 1950. On en compte 422 270 en 1998, à savoir 17,53% du cheptel total. Le coùt de la prévention se monte à 20 000 CHF par alpage pour 120 jours, ce qui englobe le salaire du berger, l'achat et l'entretien de 3 chiens de protection, l'amortissement de la caravane ou de la cabane et les frais d'héliportage.

       

  • Protection du bétail
    • Chiens - l'ancêtre très éloigné des chiens de protection serait un mythique mâtin qui vécut sur les hauts plateaux du Tibet dès l'époque préhistorique. Ont dit qu'un chien comme celui-là a été offert à l'empereur de Chine en 1121 avant J.C. De nos jours, il existe plus de 40 races ou types de chiens de protection dans toute l'hémisphère Nord. Beaucoup de chiens de protection sont également des bâtards. Ces chiens de protection, on le pense, s'adaptent à toutes sortes de bétail (moutons, chèvres, vaches, chevaux, lamas, alpagos, autruches, poulets, etc.). On peut également les combiner avec d'autres systèmes de protection tels que les clôtures électriques ou la présence du berger. Enfin, ils sont capables de travailler dans n'importe quel environnement (parcs, alpages, pentes abruptes, etc.).
      • Caractéristiques:
        • Loyal avec les bêtes qu'il protège (ne pas les blesser, tuer ou déranger). Ainsi le comportement de prédation est faible ou inexistant.
        • 2 types de chiens sont sélectionnés pour s'occuper du troupeau:
          • le chien de conduite (rassemble le troupeau)
          • le chien de protection
      • Attachement social au bétail: Comme le chien de protection passe tout son temps avec le bétail afin de le protéger, il doit être socialisé avec lui. 2 périodes importantes:
        • 1ère période: lorsque le chiot ouvre les yeux, il va former une relation privilégiée avec le premier être qu'il voit. Puis, de 3 à 12 semaines, il a une relation sociale rapide avec les autres chiots de la portées, ou avec d'autres animaux ou encore avec les humains. Après 3 mois, il est plus difficile d'établir une relation sociale.
        • 2ème période: de 3 à 6 mois. L'attachement est renforcé par la présence permanente des bêtes. Le chien doit toujours rester avec elles et il est important de lui éviter trop de contacts avec l'homme, surtout pendant la période de socialisation. Les animaux tels que les brebis et les agneaux recherchent souvent le contact du chien. Le chien en arrive parfois à les imiter, notamment lorsqu'elles mangent au râtelier.
      • La protection du troupeau: Le chien doit être capable d'intervenir face à un évènement inhabituel. Il réagit en général en aboyant contre tout ce qui n'est pas normal dans son environnement. Il avance vers le prédateur, toujours en aboyant, la queue haute (signe de domination ou d'agression) avec les oreilles en arrière (signe de soumission ou de peur). Il évite également le contact visuel avec l'intrus (souvent signe de soumission ou pour prévenir l'escalade du conflit). Ce comportement peut également être suivi d'une attitude d'agression ou de domination. Si le prédateur fuit, le chien le poursuivra peut-être. En général, le chien se place entre l'intrus et le troupeau qu'il protège. Le prédateur va soit éviter le chien ou se focaliser sur lui plutôt que sur le troupeau. Ce type de chien doit se montrer plus dissuasif qu'agressif. La clé: l'attention que porte le chien au troupeau.
      • L'efficacité du système: Elle n'est pas efficace à 100%. Pourtant, aux Etats-Unis, la prédation sur des troupeaux de moutons protégés par des chiens à diminué de 64% à 100%. Cette méthode de protection est également économique par rapport à d'autres. Les bagarres entre le chien et le loup sont rares parce que l'instinct premier du prédateur n'est pas, comme on pourrait le croire, de se nourrir, mais d'éviter les situations dangereuses s'il a d'autres solutions. Mais pour que cette méthode soit efficace, le chien doit être correctement formé. Il est arrivé aux Etats-Unis que des chiens de protection aient été tués car ils étaient soit trop jeunes, ou seuls face à une meute de loups. Il faut au moins de chiens de protection face aux loups.
    • L'âne - Les ânes détestent les chiens, coyotes et renards et peuvent se montrer très agressifs à leur encontre. Ils possèdent une excellente vue, une ouïe et un odorat très fins. Ce sont d'excellents gardiens, sensibles aux perturbations dans le troupeau, sachant avertir par des braiements puissants de la présence d'un intrus. Ils interviennents alors pour le chasser: ils braient, montrent les dents, poursuivent et tentent de mordre ou de donner des ruades aux chiens ou coyotes. Ils peuvent courir tout en ruant d'une des deux pattes arrière, puis faire volte-face très rapidement en fonçant sur l'intrus, tête baissée, oreilles plaquées sur la nuque. Ils sont capables de sentir un chien de très loin et avertissent ainsi le bétail qui n'est alors plus surpris par la présence du chien. Cela donne le temps au bétail de se déplacer pour éviter le contact avec l'intrus. L'intégration de l'âne dans le troupeau ne pose pas de problème. Cela peut prendre de une journée à une semaine pour que le bétail l'accepte. En général, l'âne garde les troupeaux de moutons, chèvres et vaches. Ils sont très efficaces contre les chiens errants et les renards. Certains ânes sont également capables d'éloigner des cervidés, des ours, du bétail étranger, etc. On utilise beaucoup ce type de protection aux Etats-Unis en Alberta, contre le coyotes, en Namibie contre les léopards, et en France contre les chiens errants. L'âne peut vivre jusqu'à 30-35 ans et est plus simple à utiliser que le chien. Il est capable de s'adapter à n'importe quoi (changement de propriétaire, climat, activité, etc.). L'utilisation de l'âne contre les loups dans les Alpes n'est encore qu'expérimentale. Mais le chien reste le seul moyen de protection valable pour les grands troupeaux dans les alpages. L'âne est surtout utilisé pour protégé les petits troupeaux dans les enclos.
    • Le renforcement des populations de gibier - Afin de diminuer les attaques de loups sur le bétail domestique, il pourrait être possible de réintroduire ou de renforcer les populations d'ongulés sauvages. Mais il faut alors réintroduire plusieurs espèces en même temps et à grande échelle. Ainsi le loup aura plus de choix alimentaire. Cette observation a été effectuée en Italie et dans la péninsule ibérique (1996). Une étude effectuée dans le Mercantour en 1994 et 1995 démontre que le loup effectue énormément d'attaques sur le bétail, malgré la présence importante d'ongulés sauvages. Cela peut s'expliquer par le fait qu'un mouton sera plus facile à attraper et moins dangereux qu'un cerf sauvage. D'après Smietana & Klimek (1993), le faible taux d'attaques sur leur terrain d'étude (Carpates orientales polonaises) est dû au fait que:
      • les moutons sont surveillés par des chiens de protection et des bergers,
      • une grande densité d'ongulés sauvages, capable de supporter une population de loups, est à proximité.

      On peut alors penser que la présence de chiens de protection rend l'attaque sur le bétail plus dangereuse pour le loup.

  • Le loup et le chasseur

Tout comme le chasseur, le loup se nourrit principalement de grandes proies. Les craintes des chasseurs sont que le retour du loup cause une diminution du gibier. Les deux sont en concurrence directe.

    • Point de vue du chasseur -
      • Il pense que la concurrence du loup est déloyale car il chasse toute l'année,
      • La présence d'un grand prédateur fait éclater les populations d'ongulés qui deviennent difficiles à observer et chasser. Cette diminution est interprétée comme une baisse, voire la disparition du gibier dans le secteur de chasse.
      • La protection du loup pourrait entraîner une reproduction anarchique de celui-ci car elle bloque toute action de régulation de ses populations. Cela viderait les forêts du gibier.
      • Côté positif: enrichissement de la faune. D'autres espèces devraient bientôt être considérées comme du gibier.
  • Le loup et le touriste

Aucune étude n'a encore été effectuée sur ce domaine. Mais il y a deux facteurs à considérer:

    • Une cohabitation plutôt harmonieuse - Les touristes, l'hiver, sont plutôt axés sur les sports d'hiver, tels que le ski, la raquette, etc. Ces sports se pratiquent surtout au-dessus de la limite des forêts et pendant la journée. Ils se pratiquent enfin à une époque de l'année où le loup est moins sensibles aux dérangements car ils ne sont plus liés au territoire à proximité de la tanière et du site de rendez-vous. Ils peuvent ainsi se déplacer où ils le souhaitent et ils restent en général dans la forêt la journée. Il arrive que les loups empruntent les pistes de ski afin de faciliter leurs déplacements. La mise bas se passe en général à la période creuse, entre avril et juin. Puis pendant le toursime d'été, les louveteaux ont déjà grandi et quitté la tanière. Mais le plus important est que les loups sont surtout nocturnes tandis que toutes las activités des touristes se passent le jour.
    • Un atout pour le tourisme local - C'est le cas dans certains parcs nationaux canadiens, américains et suédois, entre autres. Au parc des Abruzzes, ont enregistre environ 2 millions de visiteurs par an car c'est la région d'Italie qui abrite le plus de loups et d'ours, ce qui a tendance à attirer les touristes.

     

  • Les attaques contre l'homme

"Un loup sain n'attaque pas l'homme!" Est-ce vrai? Il est difficile de répondre à cette question car aucune étude n'a encore été menée et de toutes les histoires que l'on entend sur les loups, il est quasiment impossible d'en vérifier les faits. Ce que l'on sait c'est que l'homme évite en général tout contact avec l'homme. Ainsi les interactions entre les deux sont très rares dans la nature. Mais, à cause d'un nouveau phénomène, il se produit parfois des accidents. Ce phénomène qui est apparu récemment est de nourrir des animaux sauvages dans son jardin. De la part d'un animal sauvage, il est normal qu'un jour il puisse devenir agressif, ce n'est pas un animal domestique.

Les attaques sur des humains peuvent apparaître sous 2 cas de figure, au cours du XIX° siècle:

  1. Le loup attaque délibérément une personne, la tue et la consomme. Cela pourrait être une spécialisation de l'individu. Certains scientifiques admettent que le loup pourrait s'attaquer à de jeunes enfants car, de petite taille, il ne reconnaît pas en lui un humain mais pourrait le prendre pour une proie.
  2. Les agressions sont imputées à la rage car cette maladie était très présente en ces temps-là même si peu de cas de rage chez le loup ont été enregistrés en Europe à cette époque. En Europe, les meutes de loups sont relativement petites. Pourtant, en Russie, il est apparu un cas où un loup aurait mordu 10 personnes en une heure et demi. Plusieurs autres cas ont été enregistrés.

Liste des interactions avec l'homme et le loup en Europe, USA/Canada, Inde, ex-URSS (p 168 à 176).